Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j’entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu’ils existent, subissent à longueur d’antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football. Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l’esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s’enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d’usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m’avez fait vibrer qu’une fois : le jour où j’ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J’eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu’à la fin du tournoi. Mais Dieu n’a pas voulu. Ca ne m’a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu’on fasse et où qu’on se planque, on ne peut y échapper.

Quand j’étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l’école ou dans la rue. On me disait : «Ah, la fille !» ou bien : «Tiens, il est malade», tellement l’idée d’anormalité est solidement solidaire de la non-footabilité. Je vous emmerde. Je n’ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.

Pouf, pouf.

Pierre Desproges.Extrait de « Chroniques de la haine ordinaire ».

Drink! Brother.

Publié: 6 juin 2010 dans Non classé

La belle bouteille, on la connait tous. On est tous sorti avec. On l’a tous baisé. Nous tous. Mais moi les copains, je suis le seul à l’avoir épousé. Tout de suite. A 17 ans. Avec elle à mon bras, les filles étaient à moi, le monde était à moi. C’était la passion brûlante d’une union sulfureuse. Mourir d’aimer. Mourir de se détester. Mais non, notre petit couple s’installe dans le confort. Vient la tendresse, vient la complicité. C’est là que tu passes les meilleurs moments avec elle. Tu la domines, tu la maîtrises. Tu crois. Elle est à ton bras, au Zinc, parmi tes amis. Eux, ils flirtent seulement, ils ne sont pas prêts à faire le grand saut. Moi, si. J’ai toujours fait plus, j’ai toujours fait mieux. Marié! La bague au doigt, la corde au cou, et bien sûr, le verre à la main. A la vie, à la mort. On s’aimera toujours. Dieu que je l’aime. Tout le temps. De plus en plus. A l’apéro, en mangeant, en sorties. Je l’aime 24/24. Elle me transcende, me conseille, m’épaule. C’est pour ça que je me suis marié avec. Elle est ma femme, ma mère, ma meilleure amie, ma maîtresse. Elle est ma muse. Et vous voudriez que je me passe d’elle? Quoi? Qu’est ce que je ne vois pas? La fée ne serait qu’une sorcière? Quoi, j’ai une sale gueule? Quoi, je me désinteresse de tous et de tout? Oui, je sais, ça fait longtemps que je la laisse guider mon bras mais que je ne l’ai pas regardée en face. Je vais le faire. Promis. Je vais le faire. Juré. J’y suis presque. Je pose mon verre. Je la regarde. Bien en face. Ses yeux, jadis si jolis, sont des orbites vides et noires. Elle est décharnée. C’est un fantôme. C’est la mort. Et moi, je ne suis plus qu’une ombre sans repos. Je demande le divorce. Je sais que le consentement mutuel est impossible. Je sais qu’il y aura procès. Je sais que dans ce genre de procès, la peine de mort existe toujours. Pas de demi mesure. L’acquittement ou la mort. Je sais tout ça. Ma fée, je t’ai trop aimé, je sais. L’acquittement ou la mort.
J’ai écrit ces mots en 2008. Ca fait un an que je n’ai pas bu une goutte d’alcool.

Crédit photo : http://www.fubiz.net/

Quand le plumard se transforme en pur champ de tirs
commence une bataille rangée, polochons plumés,
ne pas faire l’autruche la tête sous l’oreiller,
pour qui veut entendre des confidences de satyre.

Pour qui prend le risque de se faire péter la ruche,
à n’en pas croire tes cages à fiel ma pauv’ nunuche,
toi Maya la belle ôte donc ta robe féline,
attention danger, sulfureuses amours calines.

C’est pourquoi je garde mon fouet à portée de main,
Professeur Jones saura bien calmer si besoin,
les assauts griffés de la belle bélligérante,
comme dans les maisons closes autrefois la tenante.

Dans l’enfer de ce combat sadien, fouette cocher
la poudre a déjà parlé, le sang peut perler.
On dirait le retour des amours carnassiers,
j’ai vu sur les steppes des hordes de loups moins hurlantes,
et des panthères dans la brousse parfois moins bouillantes.

La boucle est bouclée, ceinturon de Centurion,
oui, ta toison et ma crinière s’en souviendront.
Aux armes! il est grand temps d’ouvrir la boîte à bifles,
impossible de se débiner, sous peine de gifles.

Elle est trop cruelle cette guerre à armes inégales,
quelle belle bataille de tranchées que cette bacchanale,
pas d’Armistice à signer, mais se résigner
à retourner au combat, jamais fatiguée?

Pas de planque pour les cuistres, c’est sûr, entre ses cuisses
et pas de cachette non plus, sous les draps on se glisse.
On entre en lice, on cherche les endroits les plus lisses
j’y envoie l’ensemble de mes troupes, drôle de milice!

Des parois illicites pour être plus explicite,
pour toute escalade j’ai trouvé dans ces ébats,
de ce coît inutile de faire un dessin,
et même ses seins je cache, Gentleman à dessein.

Condescendant à souhait moi je pilonne le sien,
ces rivières pourpres parfois qu’on descend moi j’aime bien,
ça deviendrait du vice, à l’assaut de sa croupe,
le bel homme au lasso, un saint-graal dans sa coupe.

Tu murmures de tes lèvres, je ne sais plus lesquelles,
une fille tu me rappelles, je ne sais plus laquelle,
car depuis trop longtemps toutes ces guerres sans frontières
n’ont plus de sens pour moi, c’est des combats d’hier.

Preux chevalier je plante un pieux dans ton coeur,
un autre glaive dans ton antre comme à toutes tes soeurs,
faire la guerre aux étoiles, retrouver son ardeur,
Dark Vador et son sabre laser, chasseur de coeurs?

Olivier D. (14 avril 3012)

Mon mariage en Live-tweet.

Publié: 12 mai 2010 dans Non classé

Inspiré d’un texte de Mike Saks et Scott Rothman (New Yorker avril 2010)

Mcflee13 J’ajuste mon noeud pap’ dernier moment de liberté! J’écrase ma clope. Allez! allons nous marier.

Mcflee13 Je descend l’allée. La famille et les amis attendent que j’envoie mon tweet. Envoyé!

Mcflee13 Oui, oui, je prends Hélène pour èpouse monsieur le curé. Merci de me dire si vous avez reçu ce tweet.

Mcflee13 Oups épouse. avec un é. Pas un è. Désolé.

Mcflee13 C’est bien un é? épouse? BTW OSEF!

Mcflee13 Le bisou! LOL

Mcflee13 Hélène ne rit pas.

Mcflee13 Hélène ne rit toujours pas.

Mcflee13 Superbe baiser. Mieux que j’imaginais!

Mcflee13 Haha! Je veux taper dans la main du curé, il me fait « non » de la tête! MDR!

Mcflee13 DSL La 3G passe pas du tout ici. Suis en edge.

Mcflee13 RT @Footnews « Défaite du PSG »//Comme d’hab! Fait chier.

Mcflee13 Ayé! Je suis marié! Envoyez moi un petit mot ici : Mcflee@hotmail.com ça me fera plez!

McFlee13 Je prends une photo de tata Martine qui regarde mon Iphone l’air furax!

Mcflee13 Super photo de tata Martine! http://twittpic:hfgsr546

Mcflee13 Suis à la réception. Qq’un peut googliser « Danse+mariage+Always on my mind »?  Please RT thxs

Mcflee13 Oncle Robert est carrément venu d’Australie! 22h de vol! Après un triple pontage! #respect

Mcflee13 Tonton Robert essaie de me parler. Je lui envoie un mail. Je suis hyper-occupé qd même!

Mcflee13 J’y vois plus rien! Hélène m’a envoyé le gâteau à la figure! Mon Iphone est plein de crème! #FAIL

Mcflee13 Invités commencent à partir. Regardez vos facebook les gens! J’ai déjà mis des photos!

Mcflee13 Petit mail groupé pour remercier les invités. #cacestfait

Mcflee13 On arrive à l’ hôtel. Génial, il y a le WI FI!

Mcflee13 Arrivons à la chambre. Marseille a perdu aussi. c’est tjrs ça!

Mcflee13 Marseillais va niquer ta mère, sur la canecanecanebière! #OM #PSG

Mcflee13 La vidéo de notre valse des mariés ici http://bit.ly/1hr8s Hélène est superbe!

Mcflee13 Merci @max_35 de m’avoir remplacé pour que je puisse filmer la valse!

Mcflee13 Je fais pas de #FF aujourd’hui! Vous comprenez pourquoi!

Mcflee13 sera absebt du bureau jusqu’au 17 mai pour cause de lune de miel!

Mcflee13 Qq’un du boulot peut poster mon précèdent tweet sur le serveur du bureau? thxs

Mcflee @Mariedu56 Ca a donné quoi ton cross hier?

Mcflee13 Hélène est dans la SdB. Je l’attends.

Mcflee13 Je suis tout nu dans le lit!

Mcflee13 Non pas Twittpic! Non.

Mcflee13 Le dernier clip de Lady Gaga, c’est portnawak hein?

Mcflee13 C’est quoi le Hashtag pour suivre l’ile de la tentation déjà? Naaan j’déconne!

Mcflee13 #tupreferes être un éléphant ou une girafe? Moi une girafe! Elles ont l’air joyeuses.

Mcflee13 Ca doit être parce qu’elles ont un grand cou. Ma femme arrive.

Mcflee13 Et une petite pipe!

Mcflee13 Et les gens! des histoires de pipe a partager? Ca va nous faire gagner des followers! #cochons

Mcflee13 On fait l’amour! BTW @pierremangin tu peux checker que j’ai bien éteint mon ordi au bureau stp?

Mcflee13 Rien de neuf

Mcflee13 Hélène se décolle. Je change mon statut Facebook. « Marié »

Mcflee13 j’en profite pour poker mes beaux-parents. C’est important d’avoir de bonnes relations avec eux.

Mcflee13 En fait je voudrais être un animal marin plutôt qu’une girafe! #tupreferes c’est vrai ils nagent si bien.

Mcflee13 Hélène va a la salle de bain. J’en profite pour me finir!

Mcflee13 Je devrais dormir un peu. Et enlever mon noeud pap.

Mcflee13 A+ les twitto!

Il est en train de fignoler son propre blog avec amour. Pour en faire un écrin digne de ses textes.

Alors, en attendant, je l’accueille encore ici pour vous faire partager sa définition du grand Léo.

Délectez vous.

Crédit Photo : http://fripon.net/

Avec ses mains crochues, il drague le fonds des âmes
les ramène du fonds de ses entrailles comme des lames
dont le tranchant est le glaive de son héroïsme
ça coule dans les veines comme le comble de l’érotisme.

Sa «The Nana» j’ la cherche encore dans mon plumard
Son «Paname» meuble l’appart, j’en ai jamais marre
J’aurais préféré une «Jolie môme» dans mon lit
J’me console en mettant quelques points sur les i

«C’est le printemps» dans ses chansons, comme une évidence
l’automne effeuille son «Quartier Latin» de jouvence
on se dit que «Les Poètes» sont pour nous une chance
grâce à eux la province vit Paname en romance

«Poêtes vos papiers!», Monsieur les voilà rendus
certes sur écrans numériques, quelques phrases pondues
Y’en a qui n’chôme pas le Dimanche, n’est-ce pas mon Seigneur!
Qui peut à la p’tite semaine faire parler son coeur?

Olivier D. (08/11/2009)

Crédit Photo : http://fripon.net/

Alors je vous met ce petit clip de propagande gouvernementale.

J’ai demandé à Olivier D. s’il me permettait de publier un de ses textes. Il a gentiment accepté. Je connais Olivier depuis l’enfance, la vie active nous a éloigné. Ses écrits nous rapprochent. Je souhaitais vraiment vous faire partager la sensibilité de cet adorable garçon. Puisse ce texte être la porte d’entrée qui vous mènera dans son Univers. Vous pouvez visiter sa page Facebook en attendant qu’il crée son Blog.

Comme on se sépare…
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Migre haineuse! ça vaut mieux que casse toi p’tite connasse,
Vas je ne te hais point!dit Chimène à Rodrigue
Comme on se retrouve séparés dans cette intrigue
Mais j’aime mieux ça que de sombrer dans notre mélasse.

A peine tu t’en vas que tu me manques déjà,
c’est le clébar qui te cherche mais tu n’es plus là.
J’espère ton retour, es-tu partie pour toujours?
Commencent les nuits blanches, je perds la notion des jours.

Sans toi Paris est désert, mais à quoi ça sert
de vivre seul à Paname tu sais ça me dessert.
Tous les jours sont gris comme à la Londres sans la Tamise,
pour remplir ma vie tu le sais sur toi je mise

La roue tourne vite au Casino de nos amours,
où est le jour où je l’avouerai sans détours?
Comme un grand coeur malade je m’inflige des brimades
réminiscences sournoises, sur les quais nos balades…

les amants du Pont-Neuf ont pris un coup de vieux…
…et le regard hagard soudain supplient les cieux.

Olivier D. (30 avril 2010 – for Benjamin Biolay)